J’arrête de toujours vouloir avoir raison

Je vous ai traduit un article de Geneen Roth sur l’utilité d’avoir raison. Il n’y a pas de commentaire à faire, tout est déjà dans son article. Je pense que nous sommes beaucoup à souvent vouloir avoir raison, et vouloir que cela soit reconnu … mais en fin de compte, qu’est ce que ça nous apporte réellement?

Geneen Roth se pose la question, et nous livre sa réponse.

« Quand je suis entrée dans le cabinet de mon acupuncteur l’autre jour – à une heure de route de chez moi – un homme avec le même rendez-vous que moi était déjà là. L’acupuncteur a demandé pourquoi j’étais là et m’a dit que je n’avais pas rendez-vous avec lui. Il a déclaré qu’il n’y avait « aucun moyen » qu’il ait réservé ce jour / heure, car l’homme qui était là, traversait le pays en avion pour ses rendez-vous, qu’il les réservait des mois à l’avance. Ensuite, il m’a dit que notre rendez-vous était dans une semaine et que j’avais fait une erreur.
À la maison, j’ai regardé mon calendrier et j’ai vu que je serais hors de la ville le jour où il a dit que j’avais rendez-vous. Je me suis souvenu avoir parlé avec lui de mon rendez-vous qu’il ne pensait pas être mon rendez-vous; J’avais aussi mon agenda devant moi. Il n’y a « aucune possibilité » (du moins le pensais-je) que j’aie pris un rendez-vous avec lui pour un jour où j’allais être absente. Vous avez tort, lui ai-je dit dans mon esprit blessé. Vous me devez des excuses. Vous avez réservé deux fois le même rendez-vous et maintenant vous me blâmez pour cela. Et de toute façon, pourquoi ne confirmez-vous pas vos rendez-vous à l’avance, par email ou par téléphone? Dois-je faire tout moi-même? Comment peut-on même vous appeler un praticien de la santé, espèce d’ irresponsable, d’idiot. Et … je n’aime pas ces chemises hawaïennes que vous portez.
Huff puff. Rant, rant. L’esprit réactif au travail.
Le lendemain, il y a eu une petite fissure dans ma posture rigide. Je me suis rendue compte qu’il était impossible de vraiment savoir qui avait fait quoi. Peut-être que c’était vraiment moi. Peut-être que je l’avais mal noté. Mais je croyais encore secrètement que c’était lui et je voulais une compensation: une session gratuite. Des fleurs. Un mea culpa. Qu’il se prosterne à mes pieds et me demande pardon.  Ce genre de choses.
Ce matin (deux jours plus tard), lorsque Matt et moi parlions,  je me suis entendue monter sur mes grands chevaux  « J’ai raison … tu as tort ». Le besoin de me défendre. Le besoin d’avoir raison. J’ai vu comment la démangeaison d’avoir raison torture mon pauvre petit ego  qui s’efforce d’avoir l’air bien, d’être intelligent, de prouver à quiconque veut écouter à quel point il est a raison à propos de tout. (Sa phrase préférée est: c’est toi qui …)
Et puis, j’ai commencé à me demander ce que le fait d’avoir raison (et que l’autre ait tort) fait à mon corps. Ce que je ressens dans ma poitrine. Comment mon système nerveux réagit.
Les réponses: mon cœur se durcit. L’autre est mon ennemi.  Mon sang circule fort,  mon système nerveux est en alerte. La frénésie m’envahit. C’est moi contre le monde. Tous ceux qui m’ont déjà fait quelque chose que je n’ai pas aimé, quiconque m’a déjà blessée, m’a rejetée, ne m’a pas choisie se bousculent en moi maintenant.
La réponse courte: c’est horrible.
Pendant longtemps, je ne me suis pas rendu compte que c’était horrible. Même l’autre jour, alors que j’étais en train de râler et souffler pour le rendez-vous manqué, je ne me rendais pas compte que je m’occasionnais de la souffrance. Avoir raison me faisais me sentir si bien. Je me sentais comme si je devais me battre. Ma vie en dépendait. J’avais l’impression de me défendre, en disant la vérité, ne me laissant pas marcher sur les pieds. Abandonner ma position m’a fait me sentir comme si je tombais d’une falaise à laquelle j’étais suspendue par le bout des doigts.

Il y a les faits: l’acupuncteur a eu un autre rendez-vous en même temps que «le mien». Une double réservation s’est produite. Il ne pouvait pas nous voir tous les deux. Je suis rentrée à la maison. Tout le bazar a pris quelques heures, sans parler du temps de « râlerie » que je ne peux même pas évaluer.
Et maintenant? Est-ce que je me repasse l’histoire encore et encore? Qu’est ce que j’aurais dû lui dire? Ce que je vais lui dire? Demander des excuses (pour quelque chose qu’il est convaincu de ne pas avoir fait)? A quoi servirait de vouloir absolument avoir raison? Si ma priorité est le bien-être, la détente ou un coeur ouvert, si je veux sortir de cet esprit grognon, voici mes choix: je peux lui demander d’avoir des confirmations automatiques par email. Je peux décider d’arrêter de le voir afin que cela ne se reproduise plus. Je peux décider de confirmer mes rendez-vous avec lui à l’avance.

Mais avant tout cela, il y a un point crucial sans lequel tout le reste n’est que blabla: la volonté de me tourner vers cette petite partie combattante en moi avec tendresse. Cela m’a amenée jusqu’à aujourd’hui, j’ai survécu – et c’est une bonne chose. Maintenant, elle peut ranger son épée car qu’il y a une plus grande fille en ville: la présence elle-même. Et elle peut contenir la petite combattante.
Dans l’amour et avec tendresse, tout peut se dissoudre parce que l’amour est tout ce qu’elle a toujours voulu de toute façon. Avec amour et sans jugement ou sans reproche sur ma rigidité, je peux laisser le désir d’avoir raison se dissoudre. (Tant que je me blâmerais parce que je râle ou que je l’insulte, même si ce n’est que dans mon esprit, je brandis à nouveau l’épée raison/tort,  sauf que c’est intérieur. Je commence à me battre contre moi-même.)
Sans cette lutte (externe ou interne), qu’est-ce qui reste?
Réponse: Pas de soupirs, pas de soufflements, pas de râlerie. Pas de posture. Rien à défendre. La volonté de voir que, comme le dit mon ami l’entrepreneur, « La merde, ça arrive. On fait des erreurs. » Et dans cette histoire précise, le pire qui me soit arrivé est que j’ai passé quelques heures à conduire par  une lumineuse journée d’été.
Qu’y a-t-il d’autre ici? Un cœur doux. Un système nerveux détendu. Un espace ouvert comme un ciel sans nuage. Et bien que beaucoup de gens considèrent que ce n’est rien, ça ressemble à tout ce que j’ai toujours voulu. « 

Geneen Roth

http://geneenroth.com/

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